Histoire équatoriale (2)
Le 25 octobre
Raphou
C’est bien. Tu tiens le coup. Je rentrerai quand ils auront trouvé celui qui nous a fait tant de peine. Je suis content de vous savoir chez Françoise. Je lui revaudrai ça dès que possible. On mange bien chez elle.
Les journalistes, les flics ne vous embêtent pas trop ? Et vos copains ?
Je me débrouille. Vous me manquez.
Pa
Cette journée avait mal commencé.
Élie était fiévreux. Il pleurnichait. Advil. Il a grignoté sa tartine. Le quad ne voulait pas démarrer. M’bah râlait. Elle serait en retard. Elle arriverait après les pirogues. Ce n’était pas une vie. La directrice devait arriver la première à l’école…L’étincelle a jailli à mi-pente. Je n’entendais plus M’bah et Élie se détendait dans mon dos.
Les pirogues accostaient, multicolores, quand je garais la moto. Encore une fois, sur le fil, juste sur le fil, le cérémonial de chaque jour était lancé.
Et moi ?
Je remontai à la maison, en passant par la poste.
Une lettre de la DRAC : « Monsieur…, nous sommes au regret de ne pouvoir donner suite à votre projet… » Les chiens ! Mon arrêt de mort ! L’arrêt de mort de « la lanterne magique », celui de Gérald, de Mahdi, de Renan. Les chiens !
Et comme l’avant-veille, un tout petit paquet, à peine un colis. Je le glissai dans ma poche sans l’ouvrir. Je verrai plus tard. Je pensais bien qu’il contenait, comme le précédent, un peu de poussière d’or, ainsi qu’une moitié d’allumette.
Les chiens de bureaucrates ! Voilà comment ils détruisaient les rêves et la vie…
Très mauvaise nuit. Très agitée. Un hamac n’est pas fait pour les insomniaques. Ce qui m’agitait ? Le désir, le désir du fleuve. Et l’appréhension. Pourrais-je repartir ?
J’avais très tôt voulu rendre au fleuve ce qu’il m’avait donné :
provoqué par le sentiment d’une présence forte, matoise. « viens ici si tu peux ». L’occasion de rencontres avec des êtres humains hors du commun, aux codes opaques, sur lesquels je m’interroge encore. Et que j’admire. Comme le fleuve, ils m’ont toujours intrigué. La présence, les regards coulissants, la méfiance dépassée, la rencontre et l’échange. Je ne pourrai jamais trouver les mots exacts pour rendre ces sensations, ces sentiments ; j’aurais voulu pouvoir les éprouver, les éprouver sans cesse









